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Témoignage d'un ex témoin de Jéhovah (de 0 à 22 ans) autiste Asperger devenu artiste
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20 novembre 2017

Lettres fictives à ma mère et à mon père (Sacré troubadour!)

 

 

Lettre à ma mère.



Ma très chère maman,

Tu nous a souvent dit que ton enfance après que tu aies perdu ta maman à huit ans, c'était pire que Cosette dans Les Misérables. Et quand je vois, après tout ce que tu as enduré, ce que tu es devenu – tout le chemin que tu as parcouru, après avoir beaucoup pardonné, je suis rempli d'admiration. Tu as fait tout ce que tu as pu avec tes enfants, avec tes limites, tes ignorances – car on est tous des enfants qui devons apprendre. Ce qu'on peut dire, c'est que tu as été vraiment Mère Courage et ses enfants. Et contrairement à toi, on a toujours eu à manger dans nos assiettes. Et ton obsession de nous nourrir était telle que si on boudait le contenu, ce qui n'était pas si courant que ça – tant tu étais bonne cuisinière – tu te montrais d'une dureté implacable : on pouvait passer trois heures sur le palier, honteux devant nos voisins qui passaient devant nous et notre assiette devant laquelle on pleurait. « Bah alors, mon petit, c'est pas bon.? » Cet exemple traduit bien ta force de caractère. Tu ne cédais pas dans tes décisions, tes verdicts. Tu nous citais toujours ces paroles bibliques : « Que ton oui soit oui, et que ton non soit non. » Un autre exemple révélateur, se trouve dans cette marrante anecdote que tu nous racontais souvent comme exemple. Un jour, ton petit aîné essayait de te faire céder. Exaspérée au bout d'un moment - c'est que dans sa ténacité il avait de qui tenir ! - tu lui dis : « J'ai dit Non, pourquoi t'insistes ? Il te répondit : « Bah des fois que tu dirais oui !»

Raconter tout ce qu'on a vécu ferait un roman.

Je ne parlerai maintenant que de musique, de chanson que tu as toujours aimé. Je me souviens qu'un jour tu me dis que ton morceau de musique préféré c'était le Boléro de Ravel. Tu m'en expliquai les raisons d'une manière qui m'a marqué : en gros, ça raconte la vie. C'est la vie. Faite de répétition et d'évolution, d'enrichissement symbolisé par l'ajout d'un nouvel instrument à chaque tour. Il t'a toujours émerveillé. Tu nous parlais de la musique classique comme de « la grande musique », tandis qu'on se mettait du rock plein nos oreilles. Je disais que c'était nul ta «grande musique ». Je ne comprenais pas pourquoi tu l'appelais ainsi. Puis un jour, en pleine crise spirituelle et déprime, j'ai découvert le Requiem de Mozart. Je me le suis passé en boucle cinquante fois. Peut être cent, je n'ai pas compté. Je pensais même me suicider en l'écoutant. Je comprenais mieux pourquoi tu l'appelais « la grande musique ! » J'en suis devenu un grand friand. Avide de découvertes. Mon goût pour la musique, c'est bien te ton côté que je l'ai pris. Ton père était harmoniciste. Ton rêve, c'était de jouer de l'accordéon, réalisé par un de tes petits enfants. Tu as toujours aimé chanter. Combien de fois tu as entonné lors de repas familiaux ou entre amis L'Aigle noir de Barbara. Tu la chantais magnifiquement. Tu as poursuivi dans cette amour du chant en rejoignant une chorale. En t'écoutant dans l'église, j'arrivais à distinguer ta voix. C'est aussi toi qui nous chantais Brave Margot, et autres immortelles de Brassens, c'est toi qui en voiture, sur le chemin des vacances, lançais des chansons qu'on se mettait à reprendre en choeur. J'ai eu une période aussi, durant mon adolescence, où j'écoutais les vieilles chansons françaises. Plein d'appétit, je cherchais, découvrais, j'enregistrais sur des cassettes les morceaux que j'entendais. Compilation, Anthologie. Ainsi je découvrais des nouveaux chanteurs comme Georges Guétari. À un moment, j'approfondis ma connaissance d'Edith Piaf de laquelle on t'a souvent entendu chanter La Vie en rose. Moi j'appréciai particulièrement des chansons à interprétations très théâtrales, proches de l'esprit « Opérette » que je me mis à découvrir avec bonheur. Il y a des passages d'une opérette qui me faisaient beaucoup rire.

Puis tes oreilles sont parties vers de nouveaux horizons musicaux, grâce à tes enfants. Ainsi, depuis treize ans, tu vas avec papa à un festival de musique qu'on vous a fait découvrir et dont vous ne voulez manquer aucun rendez-vous annuel : Le Rêve de l'Aborigène. Tu raffoles du didgeridoo sur lequel tu danses avec un immense plaisir. Il t'est arrivé aussi de nous soûler avec les spirituels chants d'Amma accompagnés de tablas indiens. C'est ta Mère, comme beaucoup. Sa rencontre : une révélation. Elle t'a sauvé. Ta guérison de ton cancer, tu le dois beaucoup à elle.

C'est la chanson - que tu connais – que j'ai composé pour toi, alors que tu étais guérie, en pleine forme, cette chanson enfantine baptisée  Maman a soixante ans, que j'ai chanté en famille pour ton anniversaire, qui est l'origine de ma lettre. Car, si tu l'as entendu avec attention, je ne t'ai jamais donné les paroles. Je vais t'en donné aussi les couplets que j'ai supprimé.

Ma chanson humoristique est un bon portrait de ta personnalité et de ton caractère.

 

MAMAN A 60 ANS

 

lam

Maman maman

sol

à 60 ans

lam

N’a pas besoin de canne

Maman maman

à 60 ans

A juste besoin d’un âne



(Refrain)

Hi-Han Hi-Han

Ma a man ma a man

Hi-Han Hi-Han

Droit de…evant



Maman est assez âgée

Pour voyager

Et l’âne assez enragé

Pour la supporter

(Refrain)

Allez mon Claude

De la Bretagne à l’Aude

On va faire bon ménage

Fais pas la tête

T’es une bonne bête

Et moi un bon bagage



Hi-Han Hi-Han

Ma a man ma a man

Hi-Han Hi-Han

Droit de…evant

 

 



Couplets supprimés :



Tu peux traîner

Mon mental est entraîné

Tu peux péter fort

J'péterai encore plus fort



Écoute ce sein chanter

La montagne est belle

Et l'autre mon Dieu

Le plat pays qui est le mien.



Maman avec son âne

Ainsi va gaiement

En pensant très fort à ses enfants

Une tonne d'amour

A chacun bisou en or

Et la vie s'ouvre

Dans un parfum d'encore

 

J'aime beaucoup la référence aux chansons de Jean Ferrat et Jacques Brel – ce qui était à elle seule motif à lettre – , mais est-ce transmissible au public ?

Ce n'est pas non plus la première fois que j'ironise sur la chanson de Brel. Je comparais un jour la prose de mon âmie au plat pays qui est le sien, dans une formule décapante que j'ai oublié.

Voilà qui est assez.

Aube-de-l'étoilement

Ton fils qui t'aime

 

 

 

Lettre à mon père

 



 

Mon cher petit papa,

 



 

J'ai une chanson pour toi. Je ne l'ai pas encore enregistrée, mais ça va venir. Elle est longue, physique, et avec ma tendinite, ce ne serait pas raisonnable. Déjà que j'ai du mal à l'être. Il me faudrait pour ainsi dire arrêter d'écrire. Quand j'aurai écrit toute la floppée de lettres que je désire écrire, je me reposerai vraiment, avant de reprendre la guitare.

 

Toi qui m'a appris la patience à la pêche, lorsqu'il y avait mêlage de ligne(s), ça me sert!

 

Je ne veux rien te dire sur ma chanson, c'est la surprise. Je pense qu'elle va te plaire.

 

Mais, avant, je voudrais te partager un poème que j'ai déjà cité à moitié dans ma lettre à Kazan.

 

Ça s'appelle : « Quatrains pour papa » (les quatrains en poésie étant un groupe de quatre vers diversement rimés et au nombre de pieds variable – mais on a du mal à les repérer – c'était peut-être mon désir initial)

 

Le voici :

 

Ça s'entriste parfois

 

Sentant odeur tristesse partout

 

Pourtant s'égaye partout

 

Sans souvent savoir pourquoi

 

D'où vient cette mélancolie

 

D'où vient cette manie

 

Cyclique et saisonnière

 

Papa pathos et rigolo

 

Qui n'a besoin parfois que d'un câlin canin

 

Ce loulou-bichon-papillon

 

C'en est d'un copain coquin

 

Médor-médoc, amour-miroir de chien

 

Quand vous vous regardez

 

Il y a comme une fusion de noisettes

 

Tu lui donnes ton cœur avec sa balle

 

Il te donne ta balle avec son cœur

 

Et vous vous promenez presque patte dans la patte

 

Vous racontant le nez au vent

 

Ce que les vers eux-même n'ont pas tiré

 

Toi mené par le bout du nez, lui mené par le bout du cœur

 

 

 

Et maman alors ?

 

Oui, maman n'est pas Kazan

 

Mais Kazan n'est pas non plus maman

 

Maîtresse à bord, elle a tout donné

 

Ta première raclée, c'est elle il y a trente ans

 

Quand tu lui as dit « ballon » pour femme pleine

 

La giroflée fut fertile : cinq branches ont poussé

 

Dans le giron maternel aussi gros que ballon

 

Cinq ballons en or ont enfanté.

 



 

Il faudrait plutôt dire : «ont été enfantés »...

 

Voici maintenant ma chanson pleine d'humour :

 



 

[Papa Tubes – p...]

 



 

Sinon, j'ai dit à maman que c'était Mère Courage. Je peux dire que tu es Père Courage. Entre autres, tu as travaillé dur pour qu'on mange – malgré tes handicaps et tes pressions. Et tu as toujours consacré du temps pour jouer avec tes enfants. Tu nous a appris des jeux de ton enfance comme le dégommage au bouchon en liège de deux armées de bêtes – chacun dans on camp (toi tu faisais peut-être avec des soldats, nous c'était des bêtes en plastiques. Des animaux d'Afrique. Tu as toujours été plus un copain qu'un père, sauf quand on te demandait de jouer ton rôle... mais tu ne pouvais faire autrement. Ta sensibilité, ta pudeur, ton humilité m'ont toujours beaucoup touché. Je te voyais comme un simplay dans ton monde du Royaume des Cieux. Tu étais plus futé qu'on ne le pensait. Et si tu étais «trop gentil », c'est, ainsi qu'un homme comme toi m'a dit, que ceux qui disent ça sont « trop cons ». Et bien sûr, j'ai hérité de ton sens de l'humour. Dans l'écriture, je m'en donne à cœur joie. Pour preuve, cette auto-dérision que je fis sur une lettre très sérieuse que je t'avais envoyé, à un moment où ça allait mal avec maman, et où j'étais pris entre deux feux, impuissant :

 

[...]

 

Si mon humour est hérité pas mal de toi (et il nous arrivait de «délirer » ensemble, en toute complicité), je ne peux pas en dire autant au niveau musical, mais tu appréciais beaucoup ce qu'on te faisait découvrir. Tu savais reconnaître : U2, Queen, etc. Plus tard je t'ai fait découvrir le pépé cubain Compay Segundo et tu me demandais souvent de repasser l'album que j'avais. Après ce fut le groupe québécois Marilou, qu'on vit en live dans les Pyrénées et qu'on aima au point d'acheter le disque qu'on écouta maintes fois. Et quand je me mis à chanter moi-même, je t'ai vu plusieurs fois les larmes aux yeux : sur Kazan, bien sûr, ou encore sur une reprise de Unintended, avec la voix aiguë que je prenais à l'instar du chanteur de Muse.

 

 

 

Voilà. Je sais que lire, c'est pas ton truc. Alors je ne veux pas faire trop long. Mais je sais que ma lettre t'aura fait plaisir et ému.

 

Gros bisous aube-de-l'étoilés

 



 

Ton fiston qui t'aime.

 

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