L'art sexuel
Ceci dit, avant de te raconter, puisque je me suis engagé dans une page gauloise, j'ai, tu sais, une vision de la littérature assez sexuelle, bien que tout ne soit pas sexe, comme l'a voulu Freud, du moins si on y enlève l'amour. Dans le roman, en particulier quand je parle ouvertement de ma vie, j'essaye un peu toutes les positions, tous les rythmes aussi, mais avec cœur. J'épouse le mouvement de la vie, et mon œuvre sur laquelle je travaille et qui me travaille est vraiment la partenaire d'expérimentation idéale avec laquelle je fais l'amour pendant non pas quatre heures d'affilée – comme mon grand maximum avec une femme, mais le double, voire le triple. Et j'espère que cela soit communicatif, car tu es le troisième terme. Ou plutôt, le livre achevé, je me retire, tu restes avec le livre, mais avec un livre plein de ma présence. En le lisant, tu fais l'amour avec le livre, et donc par interposition avec l'auteur, moi, donc avec toi-même en essence – mais avec cette chose particulière qui me fait unique tout comme toi. Et c'est la rencontre de ces deux particularités au sein de notre universalité qui fait que – bien que je ne connaisse ta particularité – ça peut vraiment être une aventure excitante et enrichissante pour toi, comme elle le fut pour moi à l'heure de la conception et de la rédaction et à l'idée de l'effet sur toi.
(extrait de l'Homme qui ne marchait pas droit)