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Témoignage d'un ex témoin de Jéhovah (de 0 à 22 ans) autiste Asperger devenu artiste
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8 décembre 2017

Mémoire BROUILLON (version longue - 1973-1995 - chapitre 3 : Les années Collège)

Chapitre 3

 

(1984-1989)

 

 

 

Je vais essayer de reprendre à peu près à partir de là où je me suis arrêté l’an dernier – que dis-je? - hier! 

Distractions à part, le dernier mot fut à peu près "cauchemar". Je parlais de rêves mémorables à Saint Barth. J’ai montré à peu près ce que fut mon enfance dans cette double vie que j'ai eu, bien que l'expression "double vie" a une autre connotation pour les Témoins de Jéhovah: j'aurai l'occasion d'étayer ce point plus loin.*

Il n’est pas facile de faire coexister les deux vies, l'une religieuse (pour ne pas dire sacrée) entachée ou contaminée par le profane, l'autre profane entachée, contaminée par le "sacré", allez, je le mets entre guillemets, car l'utiliser ici est presque de l'ordre de la profanation tant elle paraît peu appropriée à ce qui est considéré avec raison comme une secte, et ce mot lui-même est trompeur en même temps, car qu'est-ce qu'une "secte" sinon une bulle qui te sépare du monde, de la réalité, par une paroi glacée, un plexiglas, à l'intérieur de laquelle on respire un air confiné, un air empoisonné, un air lavant le cerveau, un air ô combien subtil, ô combien organisé, tout plein des effluves d'un gourou, ou d'une doctrine, quand le gourou est invisible ?, car chez les Témoins de Jéhovah, le gourou est l'"Esclave Fidèle et Avisé" siègant au Béthel de Brooklyn et son visage se trouve diffus dans la diffusion de ses publications et dans ses émissaires les Anciens au sein de chaque Congrégation. L'écrivain américain William Burroughs a eu une expérience intéressante pour terrible qu'elle soit, et qui digérée, lui a permis de qualifier ce qu'est la drogue, ce qu'est un camé. Chacun pourra prendre cette extraordinaire analyse, bien que je ne partage pas son pessimisme, comme point d'ancrage pour le comparer au "bullé". Il dit en préface de son célèbre roman Le festin nu:

"La drogue recèle la formule du virus "diabolique": l'Algèbre du besoin. Et le visage du Diable est toujours celui du besoin absolu. Le camé est un homme dévoré par un besoin absolu de drogue. Selon les termes du besoin absolu: "Tout le monde en ferait autant." Oui, vous en feriez autant. Vous n'hésiteriez pas à mentir, ou tricher ou dénoncer vos amis ou voler – n'importe quoi pour pouvoir assouvir ce besoin absolu. Lorsqu'on est en proie au Mal, lorsqu'on est possédé, on ne peut s'empêcher d'agir de la sorte. Les drogués sont des malades incapables de changer leur comportement... Un chien enragé ne peut s'empêcher de mordre... Affecter une attitude pharisaïque serait hors de propos – à moins que votre propos ne soit justement de propager le virus de la drogue... Car la drogue constitue une industrie gigantesque."

Non, lire un passage de la Bible, même la version des Témoins de Jéhovah, ne donne pas un besoin absolu d'en lire un autre... Il n'y a pas de ce besoin physique du camé. Le "bullé" a tout. Sa vision est un prisme. La lumière diffusée fait entrevoir le paradis. On marche sur les pavés de la "Vérité", pavage tout tracé, tout balisé, vers une belle destination promise: le Paradis. Tu croises quelqu'un dans cette rue, une personne du "Monde", appartenant à Satan le Diable? Il est un aveugle pour toi. Il est à convertir, ou à bannir de ta vision; car tous les gens qui n'appartiennent pas à la grande bulle sont des individus potentiellement dangereux; ils peuvent pervertir ta vision, la Vision, "la Vérité". Imagine que tu regardes Avatar au cinéma et que quelqu'un t'enlève tes lunettes 3D! Sauf que toi, tu te prêtes à un jeu et que toi tu ne les portes pas tout le temps. Que dire d'une personne qui, sans même parler de lunettes 3D, porte des lunettes de soleil, ou de sommeil, depuis sa naissance...

Témoins de Jéhovah, bullés: le Festin...(nu?); l'algèbre du... (quoi? Ou de quoi?). Il y a une tangente tangible. Le bullé est tangent au camé. Mais il reste à compléter les trois points de suspension. Chacun peut le faire ou laisser tel quel.

Ce n'est pas que je veuille prendre la tangente, mais j'ai laissé loin derrière le paramètre essentiel sur le plan concret de ma vie. La vie "double". Vie double, vue trouble...

Il n'est pas facile de faire coexister les deux vies en même temps, et c'est impossible à faire sur le plan de l'écriture. D'ailleurs, on a vu comment la vie quotidienne était imprégnée de "religion" (il est des mots difficiles à éviter) et combien la vie religieuse était menacée par le Monde extérieur (ça, on ne l'a peut-être pas assez vu). Tout s'interpénètre.

Aussi, il y avait bien pour moi deux mondes parallèles et opposés de façon catégorique sur le plan théorique, mais trouble sur le plan pratique, deux mondes que j'ai appréhendé et vécu d'abord de façon inconsciente depuis ma naissance, puis de façon semi-consciente, enfin de façon consciente, avec les divers degrés qu’on trouve à la Conscience.

Ce que j’appelle la Conscience est le moment, vers dix ans, où on sait faire des différences et où on a, justement, conscience d’appartenir à un groupe

Le premier degré de conscience pour moi a dû être de me dire : « Je suis Témoin de Jéhovah. Il y a les Témoins de Jéhovah et il y' a les autres. »

Dans mon esprit se fit une démarcation. Jéhovah restait un peu dans un halo de mystère, il restait une lointaine puissance mystérieuse que je devais craindre de désobéir de peur d’être puni.

L’essentiel de la découverte fut sans doute : « Il y a les Témoins de Jéhovah dont je fais partie, que je suis, même, mes parents l’étant, et il y a les autres, c’est à dire les non-Témoins de Jéhovah, ce qu’on appelle les gens du monde et ils sont plus nombreux. Ils sont une menace pour nous les serviteurs de Dieu, car ils sont du côté du Mal, de Satan, ils seront détruits. Mais moi, en attendant le paradis, faut quand même que je vive avec eux, parmi eux, à l’école surtout. »

Voilà comment avait dû naître un conflit intérieur qui a géré les mes comportements, tous mes rapports à l’extérieur, à autrui (ce qui n'est pas TJ...), depuis mes dix ans et même avant, car déjà vers 8-9 ans, je perdis un copain pour lui avoir dit que j'étais Témoin de Jéhovah (voir p 15).

Comment être avec les autres, avec autrui, avec à l'intérieur de soi un besoin d'aimer et d'être aimé irrépressible, lorsque le jugement d'autrui pèse autant que le jugement de Dieu?

Heureusement, j'avais des ressources intérieures pour gérer la balance au mieux de mes capacités. J'avais malgré tout une famille unie, aimante et sécurisante. Et même vivante, remplie de moments de bonheurs. J'étais structuré, quoi qu'on dise par ailleurs sur la structure, j'avais des limites; et j'avais cette intelligence du coeur qui me faisait presque bénir ma situation, du moins reconnaître qu'il y avait pire: ces enfants, ces camarades de classe parfois, livrés à eux-mêmes, dans des familles désunies, déchirées par un divorce, où la violence se déchaînait... Moi, je pouvais en dehors des contraintes et des conflits psychologiques, aménager ma vie: le rêve me sauvait, l'amour, les oiseaux, la beauté, les livres... Mais je savais aussi faire avec la réalité. Je savais donner des coups de poings au besoin, on l'a vu. On ne réussit pas tous les jours à faire saigner du nez...

Quelqu'un d'extérieur regarderait les photos de cette époque ou même d'avant, il verrait un enfant tout à fait normal et en bonne santé. Une photo de maternelle me montre éveillé dans ma blouse bleue et devant une table de jouets, avec un sourire esquissé et des yeux pétillants de bonheur. Quant à la période de la fin de la primaire, une photo me montre avec un visage taché de son, des cheveux mi-longs et enveloppant à moitié et librement l'oreille, des cheveux couleur noisette qui me tombent juste au-dessus des yeux qui regardent comme par en dessous, ma tête étant légèrement plongeante, des yeux pochés et coquins, et sous un petit nez d'aiglon une bouche aux lèvres fines dont l'inférieure accroche des rayons, une bouche pince-sans-rire pour la demande d'identité en cabine... Je porte une chemise quadrillée comme un mouchoir de Cholet, et par-dessus un sweet blanc avec un motif mauve au milieu de ma poitrine: trois barres parallèles dont celle du milieu dépasse largement les deux autres de même hauteur et une étoile à cinq branches surplombe la plus haute barre, décorant mon plexus... [voir annexe]

 

1985.

Cette année-là, j'entrai en 6ème. Fini l’école des petits! Maintenant j'étais dans la cour des grands.

L’entrée au collège est toujours marquante. Au début on est impressionné et perdu. C’est tellement différent d’avant.

La plus grande révolution du milieu collégien est de ne plus avoir un instituteur ou une institutrice qu’on appelait Maître ou Maîtresse, mais une dizaine de professeurs qu’on appelle « profs » pour chaque matière représentée, dont certaines nouvelles, comme l’apprentissage d’une langue vivante (anglais, allemand, espagnol au choix).

Ce fait entraîne d’autres révolutions : le changement de classe, de lieux (ex : Salle 101), le changement de classe pour chaque cours et l’emploi du temps pour chaque classe (ex : 6ème E , de 8 à 9 h : Anglais avec Mme Maucourt, salle 102). Ouf! chaque matière avait sa salle aménagée en fonction de celle-ci. Par exemple, il y avait dans la salle de Biologie un squelette humain sur pied et une collection naturaliste (pierres, crânes, chouette effraie empaillée, etc., sans compter les nombreux documents affichés au mur.).

Enfin le collège apportait d’autres changements, d’autres nouveautés. D'abord le système de notation. Les notes étaient sur 20 et non sur 10 et le système des A pour "très bien", des B pour "bien", des C pour "passable", des D pour ""médiocre" et E pour "exécrable" était révolu. Ensuite, le système de discipline. Les mesures se durcissent d'office. Le collège accueille des enfants bien mûrs par rapport à la primaire et des ados qui indiquent le terminus des arrivants. Un passeport est donné à chaque élève. Il était destiné à recevoir par les surveillants (pions) des vignettes vertes, jaunes ou plus rarement des rouges. Une vignette verte correspondait à un avertissement, une vignette jaune à une colle, c’est à dire une retenue dans la salle de permanence, et la rouge, à un renvoi pendant trois jours ou plus, voire définitif.

Chaque élève recevait aussi ce qu'il devait avoir toujours sur lui: son "carnet de liaisons" ou "carnet de correspondance" contenant l’emploi du temps, les notes obtenues pour chaque période dans chaque matière, la correspondance entre l’établissement et la famille ainsi que chaque retard et chaque absence notés par un surveillant (système qu’on retrouvera d’ailleurs au lycée).

Dans le collège de la Venaiserie, il y avait à la tête de tous les surveillants, la surveillante principale, Mme Laveille, petite, maigre, à la démarche raide, saccadée, et au visage austère qui prêtait à rire, mais Dieu sait qu’avec elle, ça rigolait pas !

Le collège, « le bahut » comme on disait, était moche en lui-même, mais il y avait beaucoup d’arbres et un bois l’environnait de moitié, ce qui le rendait plus agréable, plus accueillant.

J’ai essayé de faire un plan, ou plutôt deux plans, sans mesures exactes, ni échelles ni orientations cardinales. Cela évite les longues descriptions – et ainsi je peux plus facilement faire certains commentaires.

 

 

Plan du corps principal

 

 

 

Plan du collège

 

 

 

1. Corps principal : Trois étages plus rez-de-chaussée. Nombre de classes inconnu. Chaque salle numérotée. A la récré, les élèves mettaient souvent les cartables dans le couloir près de la porte de la classe où ils allaient avoir cours. A chaque entrée ça bouchonnait.

2. Préau : Voir plan 2*. Chaque gamin y posait sa « vache » (cartable), souvent la balançait...

3. Terrain de jeux : (foot et basket – panier basket).

4. Zone de circulation : Beaucoup d'élèves tournaient autour du bâtiment principal en groupe de deux à quatre. C'était une action qu'on effectuait rarement seule, sauf pour chercher quelqu'un.

5. Garage à vélo ou mobylettes. Les vélos étaient quand même plus nombreux.

6. Préfabriqués. Ils servaient au cours de musique.

7. Portail d’entrée. Entrée officielle.

8. Portail de sortie. Servant aussi bien d'entrée.

9. Bureaux de la directrice, gardiennage, Administration. Au grand portail de sortie. Parking à côté.

10. Préau tôlé en long. Prolonge le bâtiment du côté des entrées menant aux classes.

10 A. Zone de queue-leu-leu pour aller manger : Il y avait souvent de la gruge pour passer. Il y a une période où je faisais fi des principes bibliques et passait avec ruse par la porte de sortie. C’était toute une technique ou la discrétion et la vigilance étaient de mise, mais la plupart du temps, je m'en tirais pas mal. Il faut dire que le temps qu’il y avait à attendre était parfois interminable et que la faim tenaillant dans le ventre lorsque je finissais à 12h30 pour reprendre à 14 h avait raison de moi. Le temps libre d’après s’en trouvait aussi considérablement allongé.

10 B. Entrée du réfectoire.

10 C. Sortie du réfectoire.

11-12 Réfectoire : Bonne « bouffe » en général. Jour de steak-frites avec rabs. Le repas de Noël particulièrement apprécié : Même de moi... Le problème de conscience ne se posait pas : il fallait bien que je mange !

13 Coin poubelles et chêne : Dans ce coin qui bordait le bois et qui se trouvait entre l’extrémité du réfectoire et la "Salle de Perm", était un des lieux de mes repos favoris, un lieu un peu isolé qui offrait l’été l’ombre d’un grand chêne et l’automne un tapis de feuilles mortes et de glands. Autour des poubelles venait flâner souvent un clochard barbu, mais on le voyait rarement. Sur ce clochard, on apprit qu’il était très cultivé, mais qu’il avait perdu sa femme. C’est Monsieur Jouasse, dont je reparlerais plus tard, qui raconta cela. À moins que ce soit mon père.*

*Mon souvenir va vers cette seconde hypothèse.

14. Salle de Permanence : Trop bruyante le plus souvent pour que les "collés" ou ceux qui voulaient "s'avancer dans les devoirs" puissent se concentrer. Les pions manquaient souvent d’autorité. Certains pions par contre n’hésitaient pas à faire copier des lignes, 50 ou 100 fois : « Je ne dois pas… » Cela m'était déjà arrivé pour x raison, mais il n’était pas rare de prendre pour un autre ou pour tout un groupe perturbateur. Ceci dit, il m'arrivait de faire mon pitre… C'est aussi dans ce lieu que mon petit frère Yann qu'il ne fallait pas chercher, parce qu'on le trouvait, se retourna après maints avertissements vers la fille qui l'embêtait pour lui coller une baigne... Elle n'a pas recommencée.

15-16. Autres préfabriqués : À droite de la Permanence, la classe de musique. Le prof était Mme Flûte... Très gentille. Petite femme trapue: un tronçon. On la suivait au piano par la flûte ou le chant : sur la 9ème symphonie de Beethoven, Quand le Jazz est là, Ma mie, mon bien, mon âme de Brel, etc. C’était toujours un bon moment. J'étais nul à la flûte, mais Mme Flûte était indulgente dans ses notes parce que j'y mettais de la volonté et que j'étais malgré tout passionné pour la musique. Le préfabriqué avait son charme, il donnait une résonance particulière, un peu rustique, comme l’odeur de bois qui y régnait. Les préfabriqués étaient pratiques aussi dehors, car on se servait du marchepied pour s’asseoir.

Il y avait un petit quequ'chose impayable avec la prof de musique: lorsqu'un élève devait faire un morceau en particulier, seul devant tout le monde et qu'il se trompait, il faisait: "Flûte!" entre deux becquées. Tous de rire. Et certains en jouaient...

17. Terrains de foot en falun : Lorsque personne ne jouait au foot, il m'arrivait de chercher tout seul ou avec avec un copain, mais le plus souvent avec mon petit frère qui était passionné par les fossiles, des dents de requins et d’autres petits fossiles comme les éponges.

18. Piscine. Salle et terrain de sport : Il fallait traverser la rue pour y aller.

19. Coin de jeu de billes : Le trou principal était à l’angle.

 

Voilà pour la présentation des lieux et des souvenirs qu'on peut y rattacher en gros.

 

En 1985, donc, je fis mon entrée mémorable au collège de la Venaiserie. Mais les anecdotes appartiennent plus à la période après la 6ème. En cette année, mon frère Eric faisait sa dernière année, en 3ème. Et pas question pour lui d'avoir à faire à son petit frère Stéphane! La honte! Surtout qu'il avait des dents de lapin! Si je le croisais, c'était pour être moqué comme à la maison, mais avec ses copains. En revanche, l'arrivée de Yann au collège, c'était l'arrivée de mon protecteur de primaire.

Bref, le jour de la rentrée en 6ème, il y eut un discours de la directrice, puis l’appel fut assuré par Mme Laveille. Tous les élèves de 6ème étaient rassemblés sous le préau. L’attente était longue, excitante et stressante. Mme Laveille appela par ordre alphabétique tous les élèves de "6ème A". Après chaque nom crié, on entendait : "Présent ! Et ainsi les classes se formaient en rang, pour les 7 classes (de A à H). J'étais était en 6ème E. Je précise que les lettres avaient leur importance. Ainsi, je faisais partie des élèves moyens ou passables, des élèves en difficultés scolaires.

Une fois la classe faite, mon professeur principal donna ordre de monter en rang sans chahut. Une fois à l’étage (premier ou deuxième), elle ouvrit la porte avec la clé et invita les élèves à prendre une place dans la classe.

Là se joue pas mal de choses. Certains vont naturellement au fond : les « cancres », d’autres naturellement aux premiers rangs : les « grosses têtes », voir les « fayots », encore d’autres près du mur : peut-être les « dormeurs », les « discrets », ou près de la fenêtre : les « distraits », les « rêveurs ». Certains vont repérer une tête qui leur plaît bien, ou se mettre naturellement l’un à côté de l’autre, d’autres vont être indécis et vont chercher, voir attendre que tout le monde soit assis. En gros, il va y avoir des choix directs, spontanés, des choix délibérés, des choix hasardeux ou des non-choix. Il faut dire aussi que les premiers regards, les premières paroles échangées sous le préau peuvent être déterminants et que finalement, c’est tout un jeu d’affinités, de personnalités qui commence à se mettre en place tant bien que mal et qui ébauche le groupe avec ses clans.

Avec le temps, une image se fixe sur chacun, les uns se faisant remarquer plus que d’autres. Exemple: le maladroit, par maladresse... Les réputations se font vite. Et une fois qu’on te colle une étiquette, c’est très difficile de s’en défaire.

Enfin! tout le monde a pris place, moi y compris. Je me mis devant près de la fenêtre. Devant, à cause de mes problèmes auditifs. D'ailleurs, je venais de subir une greffe de tympan qui avait été ma plus grande souffrance physique (il m'avait fallu une piqûre...). Double point stratégique : devant, pour mieux entendre, près de la fenêtre pour s’évader au besoin. En rêve, bien sûr!(greffe de tympan évoquée p 69)

Bien. Le prof se présente. Puis encore un appel : « Présent ! ». On remplit chacun une fiche de renseignements pour elle. Nom, prénom, date de naissance, Adresse, nombre de frères et sœurs, profession des parents, loisirs, et enfin ce qu’on veut faire plus tard! En plus de tout ça, les achats supplémentaires à la liste de rentrée, l’emploi du temps, et j’en passe… Ça durera deux ou trois jours, le temps que la classe voit tous ses profs.

Le gros avantage des premiers jours c’est de n’avoir ni de leçons à apprendre, ni de devoirs à faire. Le temps est à l’enthousiasme, à l’excitation. Tout est nouveau. Même les crayons ! Et puis il y a du mystère : quelle sera la tête du prochain prof ? Sera t-il bien ? Tout ça créer un climat particulier. L'on a aussi ses petites trouilles : peur de se perdre dans les salles, etc. Mais ça fait naturellement partie du temps d’adaptation, et ma foi, on s’adapte vite à tout. Enfin tout...

Que dire encore de ma rentrée en 6ème ?

Bah, rien.

Et comme il n'y a plus rien à dire, je vais faire un saut dans la vie jéhovine.

 

Il y avait, comme je l’ai déjà dit, commune à tous les Frères et sœurs une expression symptomatique qui était devenu un tic collectif, une sorte de mot de passe : « On peut voir que... » Chaque réponse un peu plus étayée que « Oui », « Non » « Jéhovah » ou « Jésus »  commençait par « On peut voir que », sous-entendu : « Tout le monde peut voir ici, c’est écrit, que… ». On peut y voir une assurance, une garantie pour tout le monde, compte tenu qu’on ne parlait pas en son nom propre, mais au nom d'une idéologie de groupe qui doit être respectée dans son entier. C’est une façon d’appuyer, pour rentrer dans la norme, pour se sentir approuvé, pour se convaincre peut-être aussi d’être dans le vrai, que l’on parle au nom de Jéhovah et de sa parole la Bible et non de soi ou non de quelque homme que ce soit. Tout ce qui était écrit dans La Tour de garde ou dans n’importe quel "livre de la Société" était parole d’Évangile puisque c’était la "nourriture spirituelle" que Jéhovah donnait à ses serviteurs par l’intermédiaire de l’Esclave Fidèle et avisé, la Watch Tower Society à Brooklyn, siège mondial de toutes les publications et instructions, répandues ensuite à travers le monde en passant par le Bethel de chaque pays, celui-ci diffusant après traduction et imprimerie la « Tour de Garde » et « Réveillez-vous!», périodiques hebdomadaires qui représentent les piliers de l’Organisation.

Réveillez-vous! et La Tour de Garde se complétaient si bien qu’on les alliaient presque toujours dans la prédication. Qui ne s’est pas vu proposer à sa porte au moins une fois le Réveillez-vous! et La Tour de Garde un dimanche matin à l’heure où on fait la grasse matinée ! Les TJ n’encourageaient pas à faire la grasse matinée, mais à se consacrer. Et ils avaient de l'humour à revendre: "Quels sont les deux genres de personnes que l'on voit le dimanche matin?

Réponse: "Les cyclistes et les Témoins de Jéhovah!"

 

 

Voici maintenant un témoignage brut sur les méthodes d'enseignement dès le plus jeune âge.

Chez les Témoins de Jéhovah, on ne reçoit pas que des coups de bâtons, enfant, on en fait !

Cela me fait penser au poète Antonin Artaud. Un jour un ami lui rendit visite à l'hôpital psychiatrique de Rodez et lui demanda ce qu'il faisait là, avec application sur son cahier. "Je fais des bâtons", répondit-il. On peut voir qu'il n'y a pas d'âge, et qu'il n'y a pas besoin d'être Témoin de Jéhovah pour faire des bâtons. Sauf qu'au poète, il lui manquait deux colonnes avec deux noms.

  Lorsque je n'étais qu’un enfant, je faisais donc avec mes frères des bâtons, un bâton à chaque fois que j’entendais  « Jéhovah »  un bâton à chaque fois que j’entendais « Jésus » de la bouche du grand monsieur. Ça faisait donnait à peu près ça :



 

Jéhovah Jésus

 

 

I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I I

 

 

Après on comptait. Ça devenait un concours entre mes frères aussi. Dès fois qu’on était pas sûr dans un manque d’attention ou pour n’avoir pas bien entendu, alors on se tournait en même temps vers papa et lui demandait : « Il a dit Jéhovah ? – Oui. Et hop, un bâton !

Ce jeu peut faire rire. Il peut paraître innocent, mais il ne l’était pas. Il s’agissait d’une méthode active de bourrage de crâne. Quoi de plus parfait comme système que l’auto-bourrage?

 

Mais un jour, on a jugé que j'étais trop grand pour faire des bâtons, exercice où j'étais rôdé... On m'a fait comprendre que je n'étais plus un enfant. Aussi on m'offrit, puisque j'avais bien appris à lire à l'école, une belle Bible verte sur la page de garde de laquelle j'eus le plaisir d'inscrire mon prénom et mon nom de famille, et même ma Congrégation.

[Il lisait une Bible à la tranche vert-chou, lit-on étonnement dans Les Poètes de 7 ans d'Arthur Rimbaud (qui, pour la Bible, était un petit joueur à côté de moi) Il faut seulement remplacer "tranche" par "couverture". (déjà dit au début)]

« Avec ce nouvel outil, Stéphane, me dit un Ancien, tu vas pouvoir lire la Bible et chercher tous les versets bibliques qu'on t'invitera à chercher et à lire en même temps qu'ils seront lu par le Frère qui fait le discours ou par un frère ou une Soeur interrogée, et même toi, tu es invité, et nous t'y encourageons fortement, à lever le doigt pour lire un verset demandé. C'est simple, mais, cela demande une certaine habitude, ça viendra. Pour trouver un verset, tu peux te reporter à la table des matières au début, et puis après en parcourant rapidement d'un bout à l'autre tu pourras lire en haut dans quel livre de la Bible tu es. Tu vois, par exemple, le frère dit: "Je vous invite à prendre I Corinthiens 15: 33. Tu regardes dans la table des matières "Noms et ordre des livres". Tu vois qu'il y a deux parties.

  • Oui.

  • Que lis-tu?

  • Dans les Écritures hébraïques.

  • Vois-tu dans les colonnes I Corinthiens?

  • Non.

  • Bien. Et que lis-tu ici?

  • "Dans les Écritures grecques chrétiennes." Bien, tu peux trouver maintenant le livre en allant à la page indiquée en face des pointillés. Là, c'est toute la colonne des pages. Il y a marqué la page, là, tu vois?

  • Oui. 1 2 2 4

  • C'est la page mille deux cent vingt quatre, en effet, là où se trouve le début du livre. La Bible compte plus de 1300 pages, sans compter l'index des mots bibliques les plus importants. Tu veux essayer de trouver tout seul?

  • Oui.

  • Voilà. C'est très bien. Et maintenant tu as des gros chiffres pour les chapitres et des petits chiffres pour les versets. Tu Vois?

  • Oui.

  • Oui, c'est ça, tu y es. Et là tu peux lire. Que lis-tu?

  • "Ne vous laissez pas égarer. Les mauvaises compagnies gâtent les saines habitudes."

  • C'est un verset très important, Stéphane. Je suppose que tu résistes à la tentation de fréquenter les gens du monde...

  • Oui...

  • C'est bien. Jéhovah est content. Le monde est mauvais et Dieu désire qu'on ne fréquente pas des personnes qui ont de mauvaises influences sur les serviteurs de Dieu.

  • Tu peux prier Dieu, tu sais.

  • Oui.

  • Dieu peux t'aider devant les tentations de Satan le diable. Il suffit de le prier, comme on le fait. Cela est une source de force et de réconfort, car les attaques de Satan sont très fortes. Et pour avoir la vie éternelle sur la terre devenue un paradis, il ne faut pas lui succomber. Tu veux vivre éternellement dans le paradis?

  • Oui.

  • Ce serait merveilleux, n'est-ce pas?

  • Oui, sinon je ne verra pas les animaux...

  • Oui, Jéhovah t'aime, et il veut te sauver, il ne désire pas que tu aies la destruction éternelle. Il veut que tu vives dans le paradis, parmi les animaux.

  • Oui, et je pourrai même caresser les lions.

  • C'est bien, tu connais bien la parole d'Esaïe...

  • Esaïe 11:6! « Le lion couchera avec l'agneau et un petit garçon sera leur conducteur! »

    Je brode. Le Frère, impressionné, aurait pu dire :

    « C'est bien, tu connais tes Classiques ! »

    Mais le Témoin de Jéhovah et la littérature, en général, ça fait deux.

    Une fois que j'étais bien rôdé à ce nouvel exercice correspondant à mon âge, une fois que j'eus éprouvé la difficulté au début, mais le plaisir enivrant de tourner les pages froufroutantes sous les doigts, de plus en plus rapidement, jusqu'à ce qu'en quelques secondes je puisse trouver n'importe quel verset biblique, je fus vivement encouragé à prendre des notes de ce qui était dit sur un cahier. C’était une véritable gymnastique, puisqu’on n'abandonnait pas pour autant la recherche des passages bibliques (ex : Matthieu 24 :14, I Corinthiens 15 :33). Jusqu'à présent, tous les exercices visaient à maintenir l'attention, ce qui n'était pas toujours facile, surtout lors des réunions le soir. Ainsi tourner les pages de la Bible faisaient à peu près le même effet que le café.

Gosse, bien souvent on faisait des bâtons ou regardait les images des livres « bibliques » pour faire passer le temps. Mais lorsque la fatigue venait, soit on s’énervait et on se prenait la fessée dans la « petite salle », soit on dormait par terre, surtout lorsque c’était le soir.

Pour ce qui est des prises de notes, elles avaient trois fonctions :

  • Retenir l’attention

  • Mieux mémoriser

  • Pouvoir les utiliser plus tard (mais c’était rare que je relise mes notes).

 

Voici un extrait de carnet de notes qui parlera mieux que n'importe quelle explication.

Encore un témoignage brut?

Brut de brut! Au point où je respecte la ponctuation, les fautes et la mise en page bien-sûr. Ce qui est en italique est écrit en rouge.

 

 

Extrait du carnet de note du 24 juillet 1988:

 

 

"où peut-on trouver la joie en servant dieu.

la joie que procure les plaisirs du monde

l’amour de l’argent

1 Timothé 6 : 9-10 la ruine – la douleur

ceux qui moissonnent en vue de la chair

Gal 6 :7-8 la corruption

ce qu’est la joie

satisfaction, attente d’un événement

pr 17 : 22

ce que procure le véritable bonheur

nehemie 10 :18

nouer je avec Jéhovah de bonnes relations

ps 63 :3

la connaissance de la vérité

jude 13 (situation de ceux qui ne connaissent pas la vérité)

jean 8 :32

ps 104 : 468

romains 8 :2

le chrétienne doit pas avoir la crainte de l’homme

jean 17 :3

il y’a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Cela s’applique autant pour la prédication.

Phillippien 4 :2

I thessanolicien 2 :19-20

si nous sommes pas bien recu des gens il faut se dire qu’on a l’approbation de dieu quand même

la persécution est une source de joie si on a foi

les épreuves aussi si on a confiance en dieu et quand on a réussi à les endurer

jacques 1 : 2-5

hébreux 13 : 5-6

la compagnie des frères et sœurs procure de la joie

hébreux 6 :10

colossiens 3 :7-10

amassons les trésors dans le ciel

I Timothé 4 :10

psaumes 100 :2

la joie de jehovah est notre forteresse

on aura un avenir et un bonheur éternel et durable"

 

On trouvera l'ensemble de mes notes de réunions et d'assemblées en annexe.

 

Curieusement, je ne mettais pas de majuscule aux noms propres la plupart du temps et écrit même Dieu avec un "d" minuscule. Je ne les mis qu'à partir de 1990.

Mais encore une fois, je fausse la chronologie. En 1988, j'étais en deuxième année de 5ème. j'avais 15 ans.

À 15 ans, je franchis une nouvelle étape, à la proposition d'un Ancien. Celle d'être qualifié "Ami de la Vérité". L'année suivante on me proposa d'être "Proclamateur non baptisé"...

En effet, j'avais été habitué dès enfant à donner des "tracts" en prédication, en compagnie de mon père. On disait avec humour qu'il fallait surmonter le tract... Mais je l'ai bel et bien eu. La première fois surtout.

"Tiens, Paul

Stéphane, tu veux donner un tract au monsieur?"

Je l'avais fait, le monsieur l'avait accepté, ouf!

Des années avaient passé, et sachant lire, je pouvais aussi m'exprimer oralement et parler aux portes et essayer de "placer" un Réveillez-vous! Ou mieux une Tour de Garde (plus consistant, ébauche d'une étude biblique puisque présentant des questions en bas de page). Le top, bien sûr, était de d'obtenir une étude biblique. Mais ne brûlons pas les étapes. J'avais déjà bien du pain sur la planche et de tract à surmonter. Mais j'étais aidé. J'apprenais à m'exprimer en vrai orateur par la préparation de temps à autre d'un sujet qu'un ancien me donnait à l'avance et que je devais préparer en plus de tout le reste. Ce discours que je devais faire au pupitre devant une centaine de personnes, invitant moi aussi, de temps à autre, à chercher un verset biblique, OUAH! quelle sensation de pouvoir et d'importance! Mais quelle angoisse aussi... (Surtout la première fois!...) Je devais me détacher le plus possible de mon texte écrit, puis plus tard de mes notes. J'avais une petite feuille dactylographiée où était inscrit les points à travailler.

[doc]

Il existait bel et bien une émulation entre gars. Les filles, comme les Soeurs, comme notre mère, par exemple, ne faisaient pas de discours au pupitre, face au micro. Les femmes ne portant pas de cravate, mais des robes et du maquillage, elles ne pouvaient faire, en tant que "vase faible", en somme, ni discours, ni prières. Elles allaient par contre par deux sur l'estrade faire une démonstration très convaincante de ce qu'il ne fallait pas dire en face d'une personne « du monde » lors du porte à porte, suivie d'une démonstration très convaincante de ce qu'il fallait dire suivant les situations, suivant ce que dirait l'interlocuteur en face, représenté par une des Soeurs. Le rire ne manquait pas dans ces scénettes de mise en situation. Bref, c'était dans ce genre unique que la gente féminine, que les jeunes filles en fleurs, donc, pouvaient parader et émoustiller les garçons en bourgeon... Seulement, pas question de flirter celles-ci, bien qu'elles soient "dans le Seigneur" et qu'il serait possible qu'on se marie avec l'une d'entre elles qui étaient comme les garçons de la Congrégation "dans le Seigneur". Et pourquoi? Parce qu'on ne pouvait certes se marier que "dans le Seigneur" , donc avec un Témoin de Jéhovah baptisé. Avant, tout contact entre pubertaires était suspecté. La fornication, c'est à dire une relation sexuelle avant le mariage, était prohibée. C'était un péché grave qui encourait l'exclusion chez un TJ baptisé; pour un non baptisé, cela revenait au même. S'il s'était repenti, il devait pendant une période s'installer au fond de la Salle, mis en quarantaine, avec interdiction pendant un moment de tout contact avec cette personne. La honte sur la famille aurait été telle que, plutôt que cela, il ne serait pas venu aux réunions avant un bon moment.

Donc, pour être sûr qu'il n'y ait pas de dérapage, toute amitié avec une personne de l'autre sexe avant d'être en âge de se marier ou de fréquenter en vue du mariage était officieusement prohibée. Cette interdiction était pour ainsi dire créée par déduction. Une pression, une surveillance constante assurait la sécurité. Tout le monde était à découvert aux réunions ou ailleurs. Cet ailleurs pouvait être sur un terrain de foot où les Témoins de Jéhovah avaient l'habitude d'aller à plusieurs familles pour courir après le ballon après la réunion du dimanche. Cela faisait beaucoup de bien, en été (les parties n'ayant lieu qu'en cette saison) d'aller se défouler avec un ballon, et ces événements étaient forts attendus. Samuel, mon meilleur ami, mon seul en fait, et mon confident surtout, était de la partie avec ses frères et son père. Sa mère, comme toutes les autres femmes était assise à côté du terrain. Sous les arbres, installées sur la pelouse, les femmes papotaient entre elles en faisant du tricot ou des mots croisés ou s'occupaient de leurs enfants en bas âge.

Donc, une fois, Samuel et moi, tous deux attirés par une jolie fille de la congrégation sur laquelle on avait des vues depuis longtemps, Amandine, on manigança un plan pour la faire venir à nous sous des arbres. « Manigancer » est peut-être un peu fort, enfin on fit en sorte de la courtiser, de la flirter, de la draguer, si je puis dire, à l'abri des regards. Elle vint, avec tout son charme de jeune fille. Mais très vite, son père vint intercepter la cour – fin de l'Idylle... L'un de nous deux n'avait-il pas fait une proposition indécente? La demande d'un baiser, peut-être. La fille n'avait-elle été confuse et n'avait-elle ensuite été trouver ses parents pour dévoiler notre audace? Ou le seul fait de nous avoir surpris seuls avec sa fille avait-il été jugé dangereux par le père ?

Quoi qu'il en soit, il n'y avait pas moyen. Même sur un terrain de foot...

 

La forte relation amicale entre garçons n'était curieusement pas suspectée. Si la fornication était une menace, l'homosexualité était impensable. Cela dégoûtait. Et on avait l'exemple d'amitiés intenses dans la Bible comme celle de David et de Jonathan. Ces relations étaient tenues comme pures.

Il existait une de ces "affinités électives" entre Samuel et moi qui créa la force de notre lien.

Samuel était l'idiot de la famille, encore plus que je ne l'étais. Lui était carrément le souffre-douleur de ses grands-frères. Et que dire de sa petite soeur qui avait encore plus de frères que ma soeur n'en aura (celle-ci n'étant pas née) et qui se trouvait avec sa mère devoir subir le machisme culturel particulièrement vivace du mari se répercutant sur les garçons, sauf étrangement sur Samuel.

Cet état de fait aurait pu trouver une faille en dehors de la sphère des Témoins de Jéhovah. Par exemple au collège. Dieu sait que les premiers flirts et parfois les premières relations sexuelles ont lieu dans la sphère collégienne, bien que le plus souvent en dehors du périmètre scolaire.

Le risque au collège existait pour moi,car si je m'entendais un jour bien, le lendemain pas bien avec mon copain de collège Grégory, avec les filles, les relations allaient comme sur des roulettes. Passée ma timidité, devenus copain-copines, je me sentais bien avec elles. Au point qu'un jour, deux filles du collège me proposèrent, aguichantes, de venir chez l'une d'elles, enfin chez leurs parents absents.Sentant le danger, je refusai.

En revanche, l'amie féminine que je n'avais jamais eu chez les Témoins de Jéhovah, je l'eus au collège. Une qui n'était pas une simple copine de récré. Une vraie amie.

Elle habitait en campagne comme moi, dans la même commune: Brain sur l'Authion. On s'était rencontré par le biais du ramassage scolaire.

Mon amie prenait le même car que moi; elle montait à l'arrêt suivant le mien. Elle s'appelait Sandrine, avait des cheveux noirs assez courts et assez raides, mais surtout de magnifiques yeux noisettes en amande. On s'attendait souvent à la sortie pour rentrer à pied chez nous lorsqu'on finissait de bonne heure, plutôt que d'attendre le car du soir. Les huit kilomètres à pied ne nous faisaient pas peur. Le long de la route nationale bordant les champs et les bois, on avait un délicieux sentiment de liberté, d'émancipation. C'était l'âge. Sandrine était volubile. Elle pouvait raconter en détail le dernier épisode de la Série de télévison "V" dont elle était fan. Mais un jour, dans le car; ce ne fut pas "V" que Sandrine avait sur le coeur.

  • Stéphane...

  • Oui?

  • J'aimerais te dire quelque chose.

  • Quoi ?

    Ses grand yeux se firent caresse.

  • Eh bien. J'ai jamais aimé un garçon comme je t'aime.

    Son visage s'empourpra. D'abord confus, je lui dis sans la regarder :

  • Je crois que moi aussi, j'ai jamais aimé une fille comme je t'aime.

  • On peut prendre un rendez-vous dans un bois...

  • Sandrine...

    Je la regardai tristement et baissai les yeux sur sa petite poitrine palpitante sous son décolleté moulant des proéminences tendues.

  • J'aimerais... Mais j'peux pas.

  • Pourquoi? Faut pas avoir peur, c'est naturel... Je t'aime, Stéphane, je suis folle amoureuse de toi...

  • Sandrine. J'y peux rien. Faut que j'te dise...

  • Quoi?

  • Ma religion me l'interdit... Je peux pas avoir de relation sexuelle avant le mariage. C'est mal. J'aurai trop mauvaise conscience, tu comprends?

  • Non, j'comprends pas. C'est nouveau? C'est quoi ta religion? Moi j'suis catholique, et ça m'empêche pas d'faire comme tout l'monde.

  • Oui mais moi j'suis pas catholique. Les catholiques ils appliquent pas la Bible.

  • T'es quoi alors?

  • Mes parents sont témoins de Jéhovah...

  • Tu m'as jamais parlé de ça.

  • Oui, j'veux pas être embêtée avec ça. Mais là j'peux pas faire autrement, comprends-moi.

    Sandrine avait les larmes aux yeux.

  • Alors c'est fini, c'est impossible entre nous?

  • Non. Si tu deviens comme moi, non...

  • Je comprends pas...

  • On pourrait s'marier ensemble un jour, si tu...

  • Si je devenais comme toi? T'es fou, tu veux que je devienne Témoin de Jova?

  • Tu m'aimes?

  • Oh oui, Stéphane!

  • Moi aussi je t'aime, Sandrine. Alors si on s'aime, on peut faire qu'ce soit possible, et si tu m'aimes, eh bien faut que tu deviennes comme moi.

  • Je veux bien essayer par amour pour toi.

  • Je suis heureux que tu veux bien. Tu voudras que je t'emporte un livre de Témoin de Jéhovah?

  • Je veux bien, mais faut que je demande à ma mère d'abord.

  • D'accord.

  • Je crois qu'on arrive à ton arrêt, Stéphane.

  • Oui. À lundi Sandrine.

  • Mon amour, embrasse-moi...

  • J'peux pas...

    Je m'esquivai, tambour battant.

    Le lundi, Sandrine m'apprit que sa mère était farouchement opposée, qu'elle détestait les Témoins de Jéhovah.

    À partir de se moment-là, notre relation se refroidit. Sandrine tenta le tout pour le tout, essaya de me convaincre pour que je désobéisse à ma religion. Peine perdue d'avance. Peine gagnée pour deux coeurs impossibles à unir par le corps...

     

    Cet événement clé de ma vie, et que j'ai reconstitué au mieux, peut servir de pivot ou de prétexte pour aborder un sujet qui a déjà été effleuré: la sexualité.

     

    Depuis un moment je cherchais quelque chose, ce quelque chose qui répondrait à mes questions: Par où passait le pénis?Est-ce que ça faisait mal?

    Il se demandait par quel trou ça pouvait rentrer son zizi. Étant doté d'un "trou du cul", ne me suis-je pas dit que ça devait être par là et que ça devait faire très mal? Or, je ne voulais pas faire mal, ou que ça fasse mal.

    Aussi, je trouvai un jour ce que je cherchais avec excitation. C'était avant que je connaisse Sandrine, avant que je ne déménage à la campagne en novembre 1986. C'était donc à Saint Barthélémy. J'avais cherché ce quelque chose inconsciemment, guidé par un puissant instinct et une grande intuition. J'avais fouillé, j'avais trouvé. Dans la chambre de mon petit frère Joseph alors bébé, là où je devais souvent sur l'ordre parental le bercer longuement, la main sur le dos pour qu'il dorme, j'ouvris un des placards et sous un amas de linge, dégota un livre noir. je fus fasciné autant que dégoûté de ma découverte: mes parents possédaient un livre pornographique! C'était obscène, sale, impur, voilà tout. Je m'étais toujours protégé de ce qu'un camarade de primaire dont j'ai parlé, Sébastien Bosse, étalait grossièrement en classe, enfin sous les tables. Mais là, par ce livre, la porte du vagin de la femme m'était donné à concevoir en esprit, vaguement en image.

    Un jour, habitant alors à Saint Barthélémy, mon frère Eric avait ramené à table un préservatif gonflé comme un ballon et qui le faisait beaucoup rire. Les parents avaient expliqué ce que c'était. Maman avait même dit: "Moi, j'aime pas la saucisse sous cellophane; Je préfère nature!" on aurait dit qu'elle lançait un "SOS saucisse nature", tant elle défendait la cause avec coeur.

  • Vous avez un livre pornographique ! Je sais tout! Vous êtes hypocrites! balançai-je tout à coup.

    J'avais lâché ce que j'avais sur le coeur depuis longtemps.

  • De quoi parles-tu, Stéphane? dit ma mère.

  • Du livre noir avec des photos cochonnes! Je l'ai vu!

  • Qu'est-ce que t'as été fouiller? Où as-tu trouvé ça?

  • Dans la chambre à Joseph, dans un placard.

  • Ah! je vois. Mais, ce n'est pas un livre pornographique. C'est un livre d'éducation sexuelle qui s'adresse aux couples.

    Eric se marrait dans son coin, entraînant Yann dans sa moquerie.

    Peu importe, mes yeux commençaient à se dessiller. J'allais goûter bientôt le fruit du désir. Le désir d'en savoir plus, le désir d'y retourner, au livre noir comme un mont de Vénus! Enfin, le désir d'avoir des sensations secrètes, de découvrir le plaisir que l'on pouvait éprouver à cet endroit intime, désir qui était comme la montée de la sève dans un bourgeon avant éclosion, désir enfin qui s'avérerait un jour plus fort que l'interdit mettant mon corps en cage.

 

 

Pour compléter mon chapitre, il me faut encore, je vois que c'est le plus simple, faire appel aux poissons-souvenirs en procédant par rubriques, celles-ci grosses, celles-là petites. La première est grosse et va loin en arrière:

Lectures: Mes premières lectures personnelles furent d'une importance capitale pour moi. Il y eut d'abord Le vieil homme et la mer d'Hemingway: force morale, courage, combat et symbiose de l'homme avec l'espadon pêché; présence d'un oiseau dans sa solitude de mer. Il y eut ensuite Le Lion de Joseph Kessel: majesté de la brousse africaine, amitié d'une fillette et d'un lion: Simba; le passage où ils jouent ensemble sous un arbre parasol était pour moi le summum de beauté que je pouvais lire. L'histoire est belle, mais tragique, et je dus le pressentir, puisque je m'arrêtai après ce qui était pour moi le summum, il ne m'en fallait pas plus, j'aurais détruit le rêve.*

*Une fois adulte, je le lirai entièrement, savourant la profondeur psychologique des personnages, et connaissant enfin la fin avec grande émotion.

Ces deux livres furent lus dans la dernière année de CM2.

Il y eut ensuite les lectures imposées, les lectures "au programme". Les premières données par deux professeurs de français différents ne furent guère appréciées de moi, à commencer par Vipère au poing d'Hervé Bazin qui avait beau être natif de ma région, il ne trouva pas faveur à mes yeux. Autant j'étais impressionné par le titre et sa métaphore cachée, autant la lecture me rebutait instinctivement, puisque ça traitait d'un enfant maltraité. Folcoche était un nom à vomir. Je ne le lus pas. Je ne lus pas non plus La Guerre des Mondes d'H.G. Wells qui m'attirait plus pourtant, programmé par un professeur réputé pour son haleine fétide. Mes parents, enfin ma mère s'y opposa: lecture trop peu chrétienne, bien trop de violence. De quelle violence voulait-on m'abreuver? De celle de Folcoche? Trop violent, la Guerre des Mondes? J'y voyais surtout une histoire de science-fiction, une oeuvre fictive, pleine d'imagination. Entre l'interdiction maternelle de la Guerre des Mondes et le conseil et même la bénédiction de Jane Eyre de Charlotte Brontë, ma prochaine lecture personnelle, il y avait eu une année passée au moins et surtout un déménagement en campagne. C'était un livre qui avait d'autant plus de valeur à mes yeux que ma mère l'avait lu et aimé. Le livre était vieux, de l'édition "Marabout géant" et présentait ce quart de livre bleu outremer éclairé de jaune comme des phares d'une voiture par ces quelques mots: "inoubliable Jane Eyre" suivis de points de suspension. Et ce que je lus donnait vraiment envie: "La plupart des personnages de romans paraissent pâles à côté de Jane Eyre. Le génie de l'auteur lui a fait concevoir en effet une héroïne de chair et de sang, dotée d'une vie intérieure d'une densité et d'un dynamisme exceptionnel. C'est pourquoi Jane Eyre (suite au verso) domine de très haut la plupart des créations romanesques d'hier comme d'aujourd'hui et laisse au lecteur un souvenir inoubliable." On ne peut guère trouver mieux comme appât, comme quatrième de couverture que celui-ci. Et encore surenchérissait-il: « Comment en effet ne pas être ému et transporté par cette petite gouvernante », etc. À là suite, quatre autres "comment ne pas"... achevait de convaincre et de séduire. Je le lus pendant les récréations et ne fut pas déçu. Quelle souffle romantique! J'ai déjà parlé de la figure de Rochester et de sa femme folle faisant songer à mon grand-père maternel et à sa femme qu'on appelait « La Belle-Mère », mais il y avait tant de choses, d'épisodes anthologiques, d'atmosphère, plongé qu'on était avec l'héroïne dans la nature de landes tourmentées du Yorkshire. Il y avait sa disgrâce physique agencée à la plus grande grâce spirituelle; il y avait cette révolte pré-féministe, il y avait sa vie déroulée depuis son enfance, son évolution décrite, il y avait tout: la nature, des descriptions de dessins, du mystère, du suspense et surtout de l'amour, l'ingrédient principal, le fil conducteur. C'était avant tout un roman d'amour, mais qui n'avait rien à voir avec les romans à l'eau de rose, les romans Harlequin. C'était le plus grand roman d'amour, le plus grand roman tout court.

Les prochaines lectures scolaires, furent déterminantes pour moi et elle ne l'auraient pas été s'il n'avait eu Mr Lamballe comme professeur de Français, un professeur qui faisait penser physiquement à Jeoffrey de Peyrac dans Angélique, marquise des anges. Comme le prince charmant du film, il était boiteux et avait une cicatrice qui rayait son visage viril et hâlé. Le mot "charisme " lui collait à la peau, mais il brillait par une ironie mordante, un panache sans égal allant jusqu'à la provocation, et surtout une passion de tous les diables pour la littérature. Il descendait les navets comme les Harlequins. C'est ainsi qu'il raconta un jour que ne pouvant lire un Harlequin, lui et sa femme s'étaient résolu à lire chacun une moitié: ainsi, l'image stéréotypée des couvertures de l'homme-fauve dominant de sa hauteur la femme-poupée disparaissait; il ne restait qu'égalité; chacun ayant eu sa part égale... À l'inverse, Mr Lamballe mettait au pinacle des livres audacieux, sulfureux comme celui qu'il conseilla vivement de lire à ses élèves: L'os de Dionysos! Cela se passait dans un lycée, mettait en scène des professeurs avec leurs bassesses et leur lubricité. Assurément pas un prof orthodoxe, Mr Lamballe, mais j'étais bel et bien emballé !

Cependant, ce sont les livres qu'il avait programmé à l'année qui furent une révélation pour moi. Primo: L'appel de la Forêt de Jack London. Secondo: Zadig de Voltaire, tertio: Le Horla de Maupassant. Roman d'aventure du grand-nord, fable philosophique au cadre mésopotamien mais à l'écho Versaillais et nouvelle fantastique à frissons garantis, subtile, époustouflante, servie par un style d'une simplicité, d'une maîtrise et d'un sensuel déconcertant. La littérature révélée, le pouvoir des mots, c'est à Maupassant que je le devais. Le sens critique, la pensée philosophique, la liberté d'Esprit en particulier, c'est à Voltaire, Esprit libre par excellence; le sentiment, la grandeur et misère humaine, le souffle, la liberté... , c'est à Jack London. Trois récits forts différents illustrant chacun un siècle – XVIII, XIX et XXème – en plus d'un genre et d'un auteur. L'appel de la forêt me suscita la lecture d'un autre classique du genre, qui n'est pas Croc blanc mais Kazan, de James Olivier Cürwood, – Kazan le chien de traîneau un quart loup et trois quarts chien. Je l'avais choisi à la bibliothèque du collège où j'allais souvent, où je me retrouvais bien souvent le seul lecteur avec la bibliothécaire que j'adorais et qui m'appréciait beaucoup, qui avait un charme irrésistible et était bonne conseillère. Je devais lire un livre et en faire un résumé. J'avais choisi Kazan.

Voici le résumé que j'en fis, sans doute bien aidé du quatrième de couverture:

"Kazan est un chien-loup redoutable du grand nord canadien. Il vit parmi les hommes en tant que chien de traîneau. Il charme les mains douces des femmes amies, mais des hommes cruels lui font subir la loi du gourdin [bâton]. Son quart loup le guide vers la liberté, là où ni le gourdin ni le fouet n'existe, tout en n'oubliant pas ses amies. Dans le Wild, il rencontre Louve grise qui devient sa compagne. Mais celle-ci perd la vue lors d'un combat. Kazan, son seul secours, devra affronter les bêtes sauvages, les incendies, la faim, le froid, la souffrance, en n'oubliant pas les hommes méchants dont il se vengera. Mais ses trois quarts de chien qui sont en lui le fera retourner vers les hommes bons.

 

*

Bon, finalement, de rubriques, il n'y en avait qu'une!

En compensation voici quelques-uns de mes dessins de ces années-là. Le premier dont je me souvienne est la gouache d'une tête de tigre feulant, vraiment très féroce. J'ai donné ce dessin plus tard à un anglais, un certain John. Le deuxième a été fait entre 1986 et 1988. il s'agit d'une nature morte réalisée à la gouache d'après nature.

 

DOCUMENTS

 

Peintures personnelles période collège

 

 Bouquet de fleurs séchées collège

 

Dessins de cours de dessins

 

Chutes du Niagara - peinture collège

 

 

Muesli au serpent - collage collège

 

 

Montagne rouge d'Australie - dessin collège

 

DESSINS PERSONNELS ORNANT CAHIERS DE COURS D'HISTOIRE-GEO

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Cahier de 5ème.

Cette année-là peut-être ai-je vu le péplum Masada (1981) dont le catapultage d'hommes contre la ville m'impressionna.

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cahier de 5ème

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Cahier de 5ème.

Je fis aussi un exposé en classe sur les civilisations précolombiennes (Aztèques, mayas et incas...). A l'époque passait à la télé la célèbre série animée Les Cités d'or, que l'on regardait tous les mercredis, avec son petit documentaire à la fin. On n'a guère fait plus pédagogique en matière de dessin animé. Je me passionnerai plus profondément pour les Aztèques une fois adulte, vers 1998 après la lecture de Les Quatre soleils de Jacques Soustelle, et chanterai peu de temps après des chants en nahualts (trouvé dans un recueil de poésie aztèque) en grattant sur la corde mi grave de ma première guitare.

 

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Ce dessin de 3ème représente Alien, d'après la célèbre série. J'ai pu voir l'un des deux premiers: Alien, le huitième passager (1979) de Ridley Scott ou Alien, le retour (1986) de James Cameron. Je pense que c'est le premier. Je me souviens au collège imiter le souffle terrorisant d'Alien à l'oreille de camarades. 

 

TRAVAUX PERSONNELS POUR COURS DE BIOLOGIE

 

Des travaux passionnants où je me suis totalement investi au détriments de devoirs dans d'autres matières que je n'aimais pas et où je n'avais pas de bonnes notes. Si aussi, je me suis autant investi, c'est aussi que le prof était passionnant, motivant.

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TRAVAUX PERSONNELS EN DEHORS DES DEVOIRS DE BIOLOGIE 

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   Je fis un dossier personnel sur le grand requin blanc après avoir vu Les dents de la mer (1975) de Steven Spielberg. Mon dessin est plus terrifiant, en tout cas plus sanglant que l'affiche du film auquel il fait penser, sans pour autant l'avoir vu, je crois. Je fis un second dossier intitulé "Le requin blanc, tueur absolu", avec un dessin d'affiche plus soigné, non sanglant. Il parlait aussi des requins en général, un chapitre traitait de sa respiration notamment .

 

 


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COURS DE BIOLOGIE

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Témoignage d'un ex témoin de Jéhovah (de 0 à 22 ans) autiste Asperger devenu artiste
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